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Tous ceux qui utilisent leur mobile pour faire de belles photos et qui aiment les partager connaissent l’application VSCOcam. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit d’une application mobile de prise et de retouche photos, que l’on peut aussi publier dans un journal et partager. C’est un peu comme Instagram, mais c’est différent… VSCOcam n’est pas un réseau social qui permet de partager des photos de son activité à un instant T, mais au contraire une application qui fait place à la réelle créativité de photographes en herbe qui font découvrir leurs oeuvres.

Qui sont les utilisateurs de VSCOcam ?

À la différence d’Instagram VSCOcam n’a pas été imaginée comme un réseau social dans le sens où on n’utilise pas cette appli pour partager du contenu sur sa vie. Pas de like ni de module de commentaires. Pas de fil d’actus des personnes qu’on suit, pas même d’abonnement à d’autres utilisateurs. Pas de recherche de ses propres contacts, ni de demande d’ajout d’amis. Ainsi, personne ne sait que l’on utilise cette application et on n’est même pas obligé de partager ses photos. Parce que VSCOcam c’est avant tout une approche différente du partage de photo, basée sur la créativité et le professionnalisme. De ce fait, VSCOcam s’adresse aux personnes qui apprécient réellement la photo en tant qu’art et qui ont envie de voir plus que des photos de nourriture et d’animaux. Revenons en arrière. À la base, ce qu’on aime sur Instagram et qui en a fait sa popularité, est de transformer une photo prise rapidement avec son téléphone, et donc une photo pas très quali, en une oeuvre photographique magnifique. Cette retouche se fait grâce aux différents filtres « photos » proposés par l’application. En deux minutes on transforme un gratin de brocolis qui ressemble à du vomis en un plat gastronomique à la top chef. Instagram servait donc à publier et partager de belles photos. Mais comme Instagram transforme le moche en beau, cela devient très vite facile et accessible de faire de la belle photo. L’application introduit également le système de hashtag pour raconter sa vie et retrouver des types de photos à voir. Le format de photo carré devient LA référence des formats de photo à utiliser. À cela s’ajoute une tendance à la sur-consommation du partage de photos en temps réel, mais aussi la mode du selfie et du foodporn. Facebook s’offre finalement Instagram et achève d’en faire un vrai réseau social populaire, celui qu’on connait aujourd’hui et apprécions tous. Tout le monde, y compris ceux qui n’ont aucune sensibilité à la photo, utilise Instagram. Certains se sont alors retrouvés déçus d’utiliser Instagram. Deux causes liées à cette déception : ne plus voir de belles photos avec un intérêt artistique réel et se retrouver sur un réseau social mainstream. C’est en partant de ce constat que VSCOcam a eu envie de s’adresser à ces déçus et donc à ceux qui recherchent une expérience photographique de pro et qui sont sensibles à la photo en tant qu’art. Il peut s’agir d’amateurs, pratiquants ou non, comme de photographes avertis. Quelque soit le profil, ils aiment tous la belle photo dans la pratique mais aussi en tant que spectateur. Ils ont également besoin d’appartenir à une communauté de professionnels. Ils souhaitent donc fréquenter des personnes qui ont bon goût et choisir les photos à admirer et non les subir.

Des interfaces différentes pour des utilisateurs différents

Le gros challenge de VSCOcam est donc de séduire des utilisateurs amateurs voir passionnés de photo, pratiquants ou non, qui ont un besoin de créativité et de reconnaissance. Ce public est donc exigent et affirme une volonté d’être différent des autres. VSCOcam a donc pris cette même position en se différenciant elle aussi des autres applications. Ce public a besoin d’une nouvelle expérience conçue pour des gens comme lui, des gens qui se sentent différents. Par le besoin de différence on attend donc un outil qui sera compris par des gens comme nous, qui aura des partis pris forts, qui sera novateur avec de nouvelles fonctionnalités et services correspondant à nos besoins. Cela a bien été compris par VSCOcam. Son ergonomie et son design ont été bien réfléchis afin de marquer cette différence. Elle n’utilise donc pas volontairement les standards de réalisation des applications.
Le parcours : pas de tapbar figée en bas de page, mais en haut et un menu burger en bas à gauche sous forme de bouton pour accéder aux divers services de l’app. Il est d’ailleurs ouvert à l’arrivée sur l’app. La status bar n’apparaît d’ailleurs pas pour plonger l’utilisateur au cœur d’une expérience. La tapbar en haut de page donne accès aux fonctionnalités principales : voir ses photos et en gérer l’affichage, ajouter des photos et accéder aux photos de la communauté sélectionnées (collection). Cette tapbar disparaît une fois bien avancée dans le scroll. VSCOcam considère que si l’utilisateur a dépassé un certain scroll, c’est qu’il est en mode lecture et qu’il n’a pas l’intention d’ajouter une photo et encore moins d’en prendre une à ce moment là. Ainsi, on laisse l’utilisateur libre. Libre de regarder ses photos, ou d’en ajouter sans le guider à une seule fonctionnalité en particulier. Cette tapbar affiche ensuite des actions différentes en fonction de la fonctionnalité sélectionnée.
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Un menu ouvert par défaut avec sa bibliothèque sélectionnée.
Les services : comme dit plus haut, VSCOcam n’est pas un réseau social comme Instagram et ne permet pas de voir les photos de ses contacts, de les liker ou de les commenter. L’application est avant tout faite pour retoucher ses photos. On peut choisir ensuite de les partager sur d’autres réseaux, dont Instagram, mais pas de les partager au sein de l’app. VSCOcam permet en revanche de se créer son propre album de photo qui, lui, est public, mais aussi des « journaux » de photos à partager. Ces journaux sont comme des albums photos virtuels. On leur donne un titre et on peut y joindre du texte. On décide aussi de le rendre public ou non. Son album et ses journaux sont partageables seulement en récupérant l’url de sa photo. C’est comme si nous avions réalisé un book ou portfolio de nos plus belles photos. Ainsi, VSCOcam renforce son aspect professionnel en montrant que tout n’est pas partageable et que le seul moyen de voir nos créations est d’accéder à notre book en ligne. Autre service qui vous montre que nous sommes bien sur un réseau de « professionnels » de la photo, la boutique. On accède à des collection de photos à acheter. On peut y acheter de belles photos pour 0,99€ seulement. Certaines collections sont même gratuites.
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Création de « journal » à thème, à rendre public ou non.
La boutique VSCOcam-screen
La boutique VSCOcam.
La navigation : la navigation proposée pour modifier les photos est extrêmement claire et fluide. Grâce à un seul menu, on passe aisément de la sélection de filtres, qui sont d’ailleurs proposés par défaut dès l’accès à la modification de la photo sélectionnée, à l’accès aux outils de retouche photo. On sélectionne d’abord le type de modification souhaité (filtres ou retouche manuelle) puis le menu se repli pour laisser apparaître les différents filtres ou actions de retouche à essayer en direct sur la photo. Ce menu reste bien sûr accessible tout le temps pendant la retouche de la photo. On peut donc très facilement swicher entre essai de filtres et retouche manuelle mais aussi restaurer le dernier effet appliqué ou encore recarder l’image, en accédant simplement au menu de modification, qui se déplie avec classe et élégance.
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Le menu d’accès à la modification des photos.
Les fonctionnalités et effets : la plupart des effets attractifs de VSCOcam sont proposés au scroll. Par exemple, la création d’albums photo ou d’un journal utilisent ces effets qui rendent l’applications agréables à utiliser et appuient la volonté de proposer une expérience utilisateur différente. Lorsqu’on créé un journal de photos, un bouton + pour ajouter une photo ou du texte apparaît au fur et à mesure qu’on en ajoute et qu’on scrolle. Autre action au scroll assez standard pour le coup, l’accès aux fonctionnalités de la tapbar du haut via un scroll latéral des pages. Elle reste d’ailleurs toujours affichée quelque soit la fonctionnalité choisie et en affiche des différentes. Toutes les actions à faire se trouvent donc dans cette tapbar.
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La tapbar du haut change ses accès en fonction de la page.
Le design : VSCOcam présente un design et des couleurs sobres pour appuyer son positionnement de pro. Pas de couleurs tapes à l’oeil pour attirer le regard sur telle ou telle fonctionnalité. Pas d’iconographie, mais plutôt des symboles qui lui sont propres. Ils permettent de distinguer les différents accès de l’app entre sa bibliothèque de photos, ses albums photos, sa collection de photos et la boutique. Les fonctionnalités de retouche photo sont simplement représentées par des pictogrammes propres aux logiciels de retouche photos. Heureusement le résultat des effets appliqués à sa photo est visible directement et on apprend assez vite à les utiliser. Les filtres tout fait sont directement applicables également et sont bien plus exagérés que ceux d’Instagram. Il fallait bien que VSCOcam se différencie sur ce point aussi !
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Un design sobre et une symbolique propre à l’application.
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Les picto de retouche manuelle.

Une application qui reste accessible

 Il n’y’a pas de doute, VSCOcam est bien une application qui se veut pro, pour les amoureux de la photo. Elle est sobre et minimale et inspire à la créativité. Bref, c’est du sérieux ! Mais les passionnés ne sont pas forcément des professionnels ou des pratiquants. Dès l’arrivée sur l’application, le parcours nous invite à choisir ce que nous voulons faire, le menu étant ouvert par défaut à l’ouverture de l’app. On peut donc commencer à créer sa propre bibliothèque de photos, créer sa collection ou visiter les collections des autres. La navigation est libre. Si on regarde les photos publiées par les utilisateurs, on se rend vite compte que VSCOcam ne rigole pas ! On comprend très rapidement que les photos attendues par la communauté doivent être de qualité et avoir un côté artistique fort. Cela met un peu la pression ! Pour les amateurs et pro de la photo, cette pression est challengeante, mais pour un utilisateur plus néophyte et spectateur, elle peut s’avérer plus effrayante. Cette émotion peut devenir un frein à l’utilisation de l’application et à la rétention. VSCOcam ne peut pas se passer de ces utilisateurs. Pour éviter ce frein, elle a donc choisi de ne pas mettre l’aspect communautaire au premier plan dans le parcours de l’utilisateur. Le menu est ouvert par défaut et l’entrée sélectionnée est « Bibliothèque », à savoir sa propre bibliothèque de photos que l’on souhaite retoucher et ne pas obligatoirement partager. Nous voilà rassurés ! On comprend alors que VSCOcam n’oblige pas l’utilisateur à publier sa photo pour la récupérer et qu’on peut se construire sa bibliothèque à soi avant de dévoiler nos talents de photographe au grand public. Le parcours nous invite donc à d’abord essayer avant d’être visible auprès des autres utilisateurs. Ainsi, VSCOcam est tout de même accessible pour ceux qui ne sont pas des pro de la photo. Mais ce n’est pas tout ! Un deuxième frein peut aussi émerger au moment de retoucher la photo, à savoir celui de l’incompréhension. En effet, on a à faire à des symboles et à un vocabulaire spécifiques qui peuvent faire fuir les moins avertis. Pour pallier à cela, le parcours propose d’abord à l’utilisateur de modifier sa photo par des filtres. C’est comme Instagram finalement. Une barre d’outil propose alors un picto de pinceau, indiquant qu’une retouche manuelle est possible. Les pro iront directement à cette fonctionnalité car c’est ce qu’ils sont venus chercher. Les filtres, pour quoi faire ? Les néophytes, eux, utiliseront d’abord les filtres pour tester et voir ce que cela donne. Les filtres étant très tranchés et dénaturant beaucoup la photo, ils auront vite envie de la modifier par eux même. En d’autres termes, commencer par apporter des filtres pour modifier soi-même la photo est sûrement plus simple que de partir de sa photo directement. Petit à petit, ils se familiarisent avec les outils de retouche, voient que ce n’est pas si compliqué. Ils ressentent une certaine fierté du résultat et prennent plaisir à modifier leur photo tout seul. Cette accessibilité « déguisée » permet finalement à tout le monde de se servir de VSCOcam. Parallèlement, le partage des photos et l’accès à celles des autres n’étant pas obligatoire, les plus professionnels resteront sur l’application pour laisser parler leur créativité. Ils seront mêmes les ambassadeurs de la communauté. Ce sont eux qui donnent le ton, qui montrent ce qu’on doit publier sur VSCOcam. Les plus amateurs, n’auront qu’à suivre sans honte et qui sait, publieront un jour la collection de leur plus belles photos. En plus de rassurer, l’application, va aussi rehausser un peu l’égo des utilisateurs qui se sentiront comme des artistes. Les beaux paysages de vacances, des graffitis trouvés dans la rue, les fleurs du jardin botanique…Tout est désormais prétexte à prendre une photo.
On retient donc, que les utilisateurs visés par VSCOcam sont, quoi qu’il en soit, des personnes sensibles à la belle photo et créatives. Elles sont représentées par des amateurs avertis, des professionnels, voir juste des « spectateurs » non pratiquants. Finalement tout le monde aujourd’hui ! C’est grâce à son parcours qui oriente volontairement le public de néophytes à modifier leur photo sans la partager qu’elle leurs est accessible. Parallèlement, Son design innovant et disruptif; et surtout les services proposés permettent d’affirmer que VSCOcam n’est pas une application grand public. Notons que les fonctions de retouche photo manuelles sont désormais disponibles sur tous les téléphones y compris sur toutes les applications de photo. Instagram les propose également ! Arrivera-t-il à récupérer les utilisateurs de VSCOcam qui l’avaient quittés ? Pas sûr…